Petzl, marque française, est probablement la marque la plus célèbre au monde de matériel d’escalade et de randonnée « agressive ». Et pour cause. Son fondateur, Fernand Petzl, fut l’un des premiers hommes à descendre sous terre à plus de 1000m de profondeur, en 1950. Il est à l’origine de l’utilisation des cordes en nylon pour l’escalade, et mettra au point les bloqueurs et descendeurs modernes, avant de créer la première lampe frontale adaptée à l’escalade et aux franchissements, à allumage piézoélectrique, produits qui seront à l’origine de la renommée et du succès de la marque dès son lancement dans les années 1970.

Depuis, la société Petzl peut se targuer d’une riche histoire et d’une maîtrise reconnue dans un domaine dont elle est le leader: le matériel de franchissement.

Le matériel qui nous intéresse ici est une lampe frontale qu’à peu près tout militaire à, sinon possédé, du moins eu dans les mains au cours de ses activités terrain : la Tactikka Camo, qui ne figure plus au catalogue.

Pourquoi cette review alors si le produit est obsolète ?

Parce que cette frontale, extrêmement populaire chez les militaires et toujours très répandue et utilisée, n’aurait jamais du l’être. Et nous allons vous expliquer pourquoi.

Développée à la va-vite à partir d’un modèle à destination du marché civil, grimé d’un plastique teinté et d’un bandeau camouflage, ce modèle n’a jamais été conçu pour répondre aux besoins des militaires, et beaucoup s’en sont accommodé faute de savoir qu’il y avait beaucoup mieux, au même tarif, à l’époque de sa grande popularité (années 2000-2010).

Chez TRE, nous en avons tous une, nous aussi…

 

Inspection générale de la Petzl Tactikka Camo

la Petzl Tactikka Camo était vendue seule, prête à l’emploi.

  • allumage par interrupteur coulissant ;
  • 3 diodes blanches ;
  • filtre rouge basculant ;
  • faisceau orientable ;
  • piles: 3 piles AAA / LR03 fournies ;
  • poids: 78g avec piles ;
  • autonomie: 150h maximum en usage occasionnel, 6-8h en éclairage constant (non régulé) ;
  • portée utile: 32m à pleine puissance (30 premières minutes en éclairage constant) ;
  • étanchéité IPX4 (résistante aux projections d’eau).

 

Vue générale de la Petzl Tactikka Camo

La coque de la Petzl Tactikka Camo est en plastique très solide. Le bouton d’allumage, qui se trouve sur le haut, est gros et facile d’accès (facile à trouver). L’idée d’un filtre basculant / pivotant est bonne. Le bandeau élastique et la forme générale du boîtier rendent l’ensemble confortable au port, et le réglage du bandeau est facile.

Les piles du commerce sont faciles à trouver (alcalines AAA / LR03) et très peu chères.

Vue du dessus de la Petzl Tactikka Camo

La lampe est orientable en inclinaison, permettant d’éclairer directement au niveau du gilet comme tout droit devant, avec un bon nombre de clics intermédiaires permettant un réglage chiadé.

Des caractéristiques intéressantes et a priori alléchantes, sauf que…

 

RETEX de la Petzl Tactikka Camo

Points négatifs de la Petzl Tactikka Camo :

Les caractéristiques, sur le papier, semblent pertinentes :

  • sauf que l’interrupteur coulissant qui rappelle plus un interrupteur de cours de technologie de collège qu’un matériel de soldat moderne n’a rien de fiable dès qu’on passe trop de temps dans le sable et/ou la boue, et s’oxyde avec le temps, altérant notablement son fonctionnement, déjà dur d’origine ;
  • sauf que cet interrupteur est quasiment introuvable pour peu que l’on porte des gants un peu épais et/ou que le froid ait réduit le niveau des sensations tactiles, rendant allumage comme extinction problématiques dans certaines situations, notamment quand les paramètres précédant s’ajoutent à l’oxydation de l’interrupteur et à des résidus de sable ;
  • sauf qu’utiliser 3 diodes sans filtre diffuseur ou réflecteur fournit un éclairage certes relativement puissant mais visible de beaucoup trop loin, d’autant plus qu’en l’absence de réflecteur l’éclairage est omni-directionnel, avec un faisceau d’un bon 120° ;
  • sauf que le filtre est très difficilement utilisable avec des gants, compliqué à trouver et plus encore à mettre / enlever ;
  • sauf que le principe de filtre basculant et de puissance unique, s’il semble simple et pertinent, est un facteur d’erreur très gênant, risquant un allumage en lumière blanche dans des conditions non souhaitées ;
  • sauf qu’avec le temps la lampe peut se retrouver à éclairer de façon bizarre: l’intensité varie d’une seconde à l’autre, et parfois même la lampe s’éteint toute seule, se rallumant (ou pas) quand on fait « off-on » avec l’interrupteur ;
  • sauf que l’ouverture du compartiment piles n’est pas forcément très facile, ce qui peut poser problème sur le terrain, on vous conseille de les changer avant tout départ terrain/mission si vous avez le moindre doute sur l’autonomie à venir. Autonomie qui est ceci dit très correcte, voire remarquable, compte-tenu de la puissance d’éclairage ;
  • sauf que la lampe n’accepte pas les piles au lithium ni les piles rechargeables ;
  • sauf que cette puissance d’éclairage justement, est trop élevée, surtout quand il s’agit uniquement de lire une carte. On aurait souhaité avoir un système de réglage de la puissance comme sur certains modèles plus récents ;
  • sauf que l’étanchéité IPX4 n’est pas suffisante, et protègera d’une pluie mais pas d’une immersion ni donc des ingressions de poussières et de sable nuisibles à son bon fonctionnement.

Compartiment à batteries de la Petzl Tactikka Camo

 

Point positifs de la Petzl Tactikka Camo :

Il y a cependant quelques bonnes particularités sur cette lampe, qui permettent d’expliquer son succès :

  • l’ensemble est très solide. L’un de nous a utilisé la sienne pendant 10 ans sur tous types de théâtres, sans soucis majeurs, malgré les problèmes précités; un autre charrie la sienne depuis presque 7 ans, et si un autre modèle (une Princeton Tec Fred MPLS qui passera en review bientôt) l’a remplacée aux côtés de la frontale de dotation actuelle (Lagolight Boxer 460, bientôt reviewée également), elle reste une solution de dépannage utilisée fixe à l’intérieur du sac ou en prêt. Des chutes répétées et des utilisations dans des conditions extrêmes (-20° à +40° C) n’ont posé aucun problème ;
  • l’éclairage puissant est un plus quand il s’agit de baliser ou de marquer l’élément de queue sur une marche sur route ouverte par temps difficile type brouillard ou neige (il faut bien trouver des points positifs!) ;
  • le choix des couleurs s’accorde parfaitement au bariolage de dotation, et c’était probablement la seule dans ce cas il y a 10 ans, ce qui explique certainement pour bonne part son succès auprès des militaires ;
  • le confort de port, même prolongé, de l’ensemble, est très correct: on peut la garder même pour dormir sans soucis.

 

Bilan de la Petzl Tactikka Camo

Au final, la Petzl Tactikka Camo était une lampe frontale certes performante et d’aspect « tactique » avec ses coloris assortis aux tenues françaises, mais pas conçue pour un usage militaire, entre son ergonomie « civile » et ses caractéristiques techniques inadaptées.

Si déjà à l’époque d’autres modèles bien plus adaptés existaient (et existent toujours, comme la Princeton Tec Quad Tactical en cours de test / review ici), on trouve actuellement bien des frontales plus adaptées à un emploi militaire car conçues expressément pour et souvent plus polyvalentes (adaptables sur casque, gilet) pour des tarifs corrects et comparables (30-50€).

Cette frontale a depuis été remplacée par la Tactikka + Camo bien plus avancée et de tarif comparable que nous ne manquerons pas de reviewer prochainement.

 

Très bien :

  • légère et compacte
  • solidité du boîtier
  • piles alcalines peu chères et trouvables partout
  • puissance et portée d’éclairage si caractéristique recherchée

 

Correct :

  • bonne autonomie
  • confort au port prolongé
  • réglage de l’inclinaison

 

A revoir :

  • géométrie du faisceau
  • compartiment piles difficile à ouvrir
  • pas de réglage de la puissance possible
  • fiabilité de l’interrupteur
  • ergonomie des commandes