Le sujet des gilets de protection balistique, dit gilets pare-balles, ou GPB, parfois aussi connus sous leur dénomination anglo-saxonne plate-carrier (porte-plaques), est devenu une véritable bouteille à encre, entre intérêt pour l’équipement militaire, airsoft, et risque terroriste qui a fourni son lot de nouveaux intéressés aux thématiques « tactiques ».

Tout le monde y va de sa petite contribution, review, analyse, étude, le plus souvent nourrie aux fantasmes des uns et aux illusions des autres. Particulièrement pour le traitement du sujet en langue française. Difficile dès lors de trouver des informations valables pour l’utilisateur professionnel, trop souvent mal instruit des capacités réelles et limitations concrètes de son équipement de travail. Idem pour celui qui souhaite investir (pour le moins, vu le prix de tels équipements) dans le cadre de ses activités personnelles.

Le collectif TRE souhaite apporter, principalement aux utilisateurs professionnels (militaires et policiers mais également pompiers désormais), quelques clés pour mieux comprendre le pourquoi et donc le comment de la protection balistique ; équipement critique, la connaissance de cet outil ne devrait pas être négligée, vu que sa destination première est de protéger et sauver la vie de son porteur.

Nous aborderons le sujet en 3 parties.

Cette semaine, la 1ère partie sera consacrée à une introduction historique et fonctionnelle sommaire.

Nous verrons prochainement dans la 2ème partie le coeur du sujet, abordé frontalement dans ses problématiques concrètes et qui intéressera directement les utilisateurs et intéressés au sujet.

La 3ème partie enfin tentera d’esquisser les pistes d’évolution futures pour ces équipements.

 

Gilet pare-balles : Qu’est-ce ?

Un gilet pare-balles est un équipement de protection balistique, c’est-à-dire destiné à protéger les organes vitaux de la cage thoracique contre les effets terminaux d’une munition d’arme à feu, en faisant barrière contre la pénétration du projectile. Auxiliairement, il protège aussi la cage thoracique elle-même, en absorbant l’énergie délivrée par le projectile à l’impact.

Un GPE (Gilet Pare-Eclats) n’est donc pas un GPB, en ce qu’il n’arrête pas les projectiles d’armes de guerre / de service, même s’il pourra arrêter des projectiles à faible énergie cinétique (petits calibres, munitions particulières). Il est donc également un équipement de protection balistique.

 

La protection balistique : des origines anciennes

Introduction historique très, très sommaire mais qui apportera sans doute quelques éclaircissements à l’intéressé ou au passionné sur le pourquoi du comment de l’équipement actuel.

Le besoin de se protéger est venu avec la notion de guerre, qui semble n’apparaître que vers 9000-10000 AEC (« avant l’ère commune », « avant-JC » étant irrecevable en Histoire: mais ça revient en gros au même; « EC » pour « après-JC »), âge du plus vieux champ de bataille connu. Avant cela, la densité de population est probablement trop faible pour que les raisons nécessaires à des guerres existent.

Depuis, les tactiques et techniques variant selon les époques, cultures et nécessités, on peut considérer que l’humanité a testé à peu près toutes les formes de blindage, même les plus improbables : mélange des matières précitées, formes des plus simples aux plus complexes.

Contrairement à une méconception répandue, les armures de jadis avaient pour fonction principale de protéger non pas des coups de taille, mais des coups d’estoc (de pointe) et des impacts de projectiles : javelots, lances, flèches, et autres. Il s’agit donc bien d’une protection balistique.

Celles-ci sont, dès la haute antiquité européenne et moyen-orientale (monde indo-européen), constituées généralement de deux couches, parfois dissociées (2 équipements différents) parfois conjointes (assemblées en 1 seul équipement):

  • couche inférieure : un vêtement plus ou moins molletonné, parfois renforcé de pièces de cuir voire de métal et utilisable seul lorsque mobilité et légèreté priment sur protection (brigandine, jacque, gambison) ;
  • couche supérieure : une protection supplémentaire portée par-dessus, en deux parties voire articulée ou lamellaire, en bronze puis fer voire acier, mais aussi os, écorce, lin molletonné, ou cuir bouilli.

On retrouve encore aujourd’hui le même principe, avec la superposition gilet souple / port discret / inserts souples + plaques composites / céramique.

Eclaté d'une cuirasse de protection balistique moderne.

Ensemble DCS de Warrior Assault Systems, bien connu des personnels de certaines unités. Plaques rigides en noir, inserts souples en gris (Source: Warrior Assault Systems).

Problème n°1: les cuirasses de métal doivent être réalisées aux mesures de leur porteur, et le métal coûte cher: l’ensemble réserve celles-ci aux guerriers les plus aisés, par exemple les citoyens grecs aisés, les « égaux » de Sparte (noblesse spartiate) etc.

Problème n°2: les couches supérieures en matériaux organiques (cuir, lin, etc.) offrent une résistance relativement limitée malgré un poids équivalent voire supérieur à leurs équivalents en métal et imposent une maintenance lourde. Ainsi, une cuirasse en bronze grecque ne pèse que 5kg environ, et arrête sans problème les impacts des armes de l’époque. De plus, elle est facilement réparable sur le terrain, contrairement à une cuirasse de cuir ou de lin molletonné.

Problème n°3: l’entretien d’un équipement de protection en métal est problématique lors de campagnes longues. Si ce n’est pas un problème dans les guerres entre cités grecques, entre états de l’Italie antique, entre petites structures étatiques où la guerre est limitée à une forme de duel judiciaire entre états à des périodes données de l’année, c’est autre chose pour des états de taille considérable.

Socrate (oui, le philosophe) sauvant la vie d’Alcibiade lors des guerres du Péloponnèse, il a alors 46 ans (Illustration: Milek Jakubiek).

A ce que l’état actuel des connaissances historiques permet de savoir, au Moyen-Orient et en Europe, 2 cultures indo-européennes vont, dès le VI-VIIIème siècle avant notre ère, perfectionner l’ensemble pour n’en faire qu’un seul élément, adapté à l’équipement en grand nombre d’armées de taille considérable et dont les campagnes sont longues: les Perses et les Celtes.

L’idée est de réaliser une cuirasse en plusieurs couches (10 à 30) de textile cousues entre elles de sorte à les comprimer à outrance: c’est le linothorax, qui contrairement à encore une autre méconception, n’est pas attesté chez les Grecs, qui y voient un équipement exotique. Le résultat est exceptionnel: un linothorax de 25 couches de lin est capable d’arrêter 250 joules d’énergie brute. Soit assez pour stopper un .22LR moderne. Simple, pour l’époque, c’est impénétrable. Alexandre le Grand en deviendra utilisateur, entre autres.

Infanterie perse (Sparabara), du type de ceux qui ont combattu les Spartiates aux Thermopyles. Armure de lin molletonné.

Les celtes améliorent le procédé et innovent sur les matériaux: plutôt que du lin pas facile à fournir en Europe à l’époque, ils utilisent de la laine feutrée, cousue ou très probablement collée en plusieurs couches avant d’être traitée via une solution vinaigrée puis un bain final: Pline nous raconte que l’acier n’a aucun effet dessus, ni le feu d’ailleurs. Même la lance d’un cavalier (les celtes sont un peuple de culture équestre et fourniront la cavalerie « romaine » de la République tardive et d’une longue partie de l’Empire) ne peut passer au travers.

 

Noble celte (Europe occidentale, 250-300 AEC)

Guerrier celte équipé d’un linothorax (Europe occidentale ou centrale, 250-350 AEC, reconstitution par le groupe Leuki).

Ca vous fait penser à quelque chose ? Oui ?

Oui, en effet, le principe de couches de fibres superposées et traitées chimiquement est comparable au principe de fabrication des protections balistiques actuelles.

Mais bientôt les Celtes innovent de nouveau et pondent la cotte de mailles que nous connaissons tous, et qui offre des propriétés intéressantes (suivi du mouvement, légèreté), avec un niveau de protection exceptionnel combiné au port d’un gambison, qui redevient alors nécessaire. Le principe sera d’ailleurs repris par les Romains (Lorica Hamata) et d’autres, et restera en usage courant pendant plus de 1500 ans dans la majeure partie du monde eurasiatique.

Guerrier gaulois, typique période Guerre des Gaules (France, 55 AEC).

La cotte de mailles présente une particularité intéressante: sur le principe, c’est toujours un assemblage de fibres, mais celles-ci sont non-linéaires (anneaux de métal). L’intérêt majeur en termes de logistique est qu’un coup vulnérant porté dans l’équipement ne condamne pas celui-ci, puisqu’il suffit de remplacer les anneaux défaillants. Certaines cottes de maille sont ainsi utilisées pendant plusieurs décennies voire siècles d’affilée (des exemples médiévaux connus l’attestent), une longévité de l’équipement qui fait rêver vu d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs un axe de recherche exploré par certaines entités ou sociétés privées pour l’équipement du soldat du futur.

En Asie, les Huns, et probablement déjà leurs prédécesseurs (non, pas les Hautres!), ont l’idée d’utiliser de la soie au lieu des textiles précédemment cités, pour les gambisons de leurs cavaliers lourds professionnels. Ses propriétés de résistance à la pénétration et de légèreté en font un allié de choix pour ce peuple qui fonde sa maîtrise de la guerre sur la vitesse et l’aisance de mouvement de ces guerriers experts dans l’art de l’arc et de la lance, et doit compenser la moindre qualité de ses armures lamellaires ou souples face au blindage d’acier des occidentaux et moyen-orientaux de leur temps. La soie limite non seulement la pénétration potentielle des armes ennemies mais facilite le traitement opératoire, l’essentiel des morts par flèches de l’époque arrivant au moment du retrait de celles-ci du corps, via hémorragies.

Cavalier lourd mongol médiéval (Source image: Pinterest).

Cette idée de la soie fera de nouvelles apparitions dans l’ère moderne, cette fois confrontée aux armes à feu: ainsi, si des anecdotes existent dans le Japon des XVII-XVIIIème siècles mais aussi en Europe, c’est aux Etats-Unis, à la fin du XIXème siècle, qu’un médecin constate et documente que les vêtements de soie portés par certains participants à des duels au pistolet ont limité la gravité de leurs blessures. L’idée fera son chemin et aboutira sous la forme des premiers gilets pare-balles, fabriqués aux USA dès 1909, aux performances hélas limitées à l’arrêt des munitions de petit calibre.

Ainsi, c’est précisément l’une de ces vestes que portait l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand lors de son assassinat par Gavilo Princip au moyen d’un .32 ACP, assassinat qui mènera à la Première Guerre Mondiale.

L’idée de mettre au point des protections balistiques en soie naturelle ou de synthèse, ou en exploitant certaines de ses propriétés, est toujours dans l’air du temps, via recherches génétiques et nanotechnologiques.

 

Protection balistique : évolution vers la modernité

Le principe de superposition des couches de textile comme protection balistique restera en utilisation constante depuis son apparition comme protection balistique il y a donc environ 2800 ans, jusqu’à nos jours.

Contrairement à une idée répandue (encore une autre, sopo le pax!) ce n’est pas l’avènement des armes à feu qui stoppa le développement des armures métalliques qu’on associe facilement aux chevaliers.  Développement qui a d’ailleurs atteint son sommet vers les XIV-XVèmes siècles. L’avènement des armes à feu s’est surtout produit, selon l’avis partagé par la majorité des historiens actuels, du fait du faible nombre d’heures nécessaire à la formation de ses utilisateurs, comparativement aux arcs de guerre anciens, qui demandaient des années d’entraînement depuis l’enfance. Entre autres raisons (il faudrait aussi aborder les aspects logistiques, sociologiques etc.).

Ainsi, aussi curieux que cela puisse paraître au non-initié, les premières armes à feu sont nettement moins performantes en termes de portée et de pénétration que les arcs d’alors. Et moins précis. Les balles d’arquebuses par exemple ne pénètrent pas les armures de plates, quand les flèches de grands arcs de guerre le font avec aisance.

Armure (gambison + cuirasse métallique) d’arquebusier portugais, fin 17ème siècle (Source: Metropolitan Museum).

De fait, les vêtements molletonnés continuent aux XVII-XVIIIème siècles d’être utilisés comme protections contre les impacts de balles des armes de l’époque. Avec une efficacité souvent surprenante malgré l’évolution rapide des armes à feu en portée (balistique intermédiaire) comme en puissance délivrée à l’impact (balistique terminale).

Et les cuirasses métalliques continuent également de voir du service, en Occident comme en Orient. De nombreux exemples de cuirasses de soldats européens ou de samouraïs et guerriers japonais présentant des impacts non pénétrants de balles existent.

Exemple 2-en-1 avec cette armure japonaise composée avec un casque et une cuirasse espagnols ou portugais du XVIIème siècle, et marquée d’impacts de balles.

L’évolution des armes à feu va cependant connaître un tournant au cours de la fin du XVIIIème siècle et du XIXème siècle, avec l’arrivée de la carabine. Celle-ci, contrairement aux armes à feu d’avant à âme lisse, possède un canon rayé, dans lequel le projectile n’est plus simplement glissé mais doit être forcé. La charge de poudre est donc considérablement plus élevée, pour délivrer la puissance nécessaire à faire sortir le projectile du canon. Celui-ci, suivant les rayures dans lesquelles il est contraint, part donc avec une vitesse initiale bien plus élevée, et sa rotation sur son axe lui permet de maintenir une trajectoire plus stable, plus rectiligne, avec une énergie délivrée plus importante en cible.

Les protections traditionnelles ne sont plus efficaces, et la Guerre Civile américaine, véritable boucherie, montre le besoin d’améliorer significativement la protection du soldat. Des sociétés proposent des solutions: couche inférieure molletonnée, contenue dans une housse pouvant accueillir des plaques métalliques additionnelles. Le coût, élevé, limite leur nombre et le développement.

Pendant la Première Guerre Mondiale, différents essais sont menés, sur toutes les techniques alors connues: soie ou lin molletonnés, armures métalliques, superpositions etc.

Prototype d’armure d’infanterie de tranchée allemande, 1918 (Source: Wikipedia).

Le principe de molletonnage reste le plus populaire, et les criminels de la période de la Prohibition (USA, années 1920-1930) vont recourir à des vestes de coton molletonné pour se protéger des impacts de balles de munitions même puissantes (.45 ACP). Leur principal avantage, au-delà de la protection fournie: leur discrétion. C’est pour pénétrer ces vestes pare-balles que le FBI se dote alors d’un nouveau calibre, particulièrement performant pour l’usage souhaité: le .357 Magnum.

Les évolutions du textile au XXème siècle vont permettre sur le même principe l’apparition de la « flak-jacket » ou « frag » (fragmentation jacket), qui via superposition de fibres de nylon précisément appelé « balistique » offre une protection contre les éclats du champ de bataille, la plupart des calibres d’armes de poing de l’époque bien moins performants que ceux d’aujourd’hui, et parfois même contre certaines munitions dites de guerre.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, si toutes les puissances virent l’intérêt de développer des protections balistiques pour l’infanterie, seuls les Russes parvinrent à un résultat utilisable qu’ils décidèrent de fournir à certains corps d’élite spécialisés, qui fournit un avantage intéressant dans un cadre urbain (Stalingrad notamment).

Armure russe SN, Seconde Guerre Mondiale (Source: worldwartwozone.com).

Mais il faut attendre la Guerre de Corée et surtout le Vietnam pour voir l’apparition de vestes pare-balles militaires modernes, combinant nylon (molletonné ou simplement superposé), métaux techniques, céramiques et fibres de verre.

Soldats sud-vietnamiens équipés de vestes M-69 « Flak-jacket » fournies par les USA (Source: britannica.com).

Ce n’est qu’à partir du milieu des années 1970 que le Kevlar, de la société DuPont, fait son apparition. Initialement conçu pour renforcer les pneumatiques, il est évalué pour son potentiel de protection balistique et approuvé. Les premières vestes combinant Kevlar multi-couches et plaques d’acier balistique de 5 »x8 » font leur apparition, et voilà l’ancêtre direct de l’équipement de protection balistique lourd individuel actuel.

Dans la foulée, en 1976, un ancien Marine américain, devenu livreur de pizzas, se retrouve confronté à des cambrioleurs lors d’une livraison, et fait usage de son arme personnelle pour les neutraliser; de la confrontation, violente, naît l’idée d’une veste intégralement en Kevlar, et il créé depuis son garage la société Second Chance, aujourd’hui propriété du groupe Safariland. Son premier modèle de gilet, le Model-Y, et ses évolutions ultérieures, deviendront la dotation standard des forces de police américaines et de nombreux autres pays. Chaque année, environ 2500 policiers américains voient leur vie sauvée par ce gilet, et le nom de la marque est devenu un nom d’objet (« t’as mis ta seconde chance? ») comme Frigidère dans un autre domaine (important pour la bière cohèz).

Protection balistique Second Chance Model-Y.

Second Chance Model-Y, fin des années 1970.

 

Protection balistique : l’ère moderne

Dans les années 1980, l’armée américaine met en service un système complet de protection, intégrant veste et casque, le PASGT (Personnel Armor System for Ground Troops). La veste, pesant 11,5kg, arrête le 9mm à courte portée et bon nombre d’éclats de faible et moyenne vélocité, remplaçant avantageusement la veste M-69 illustrée plus haut. Elle entre en service dès 1983, pour l’opération de la Grenade.

Ensemble balistique PASGT, US Airborne, Grenade, 1983.

Soldat de la 82ème Aéroportée pendant les opérations à la Grenade, 1983 (Source: Wikipedia).

Mais rapidement les soldats pestent contre son encombrement et son poids. D’autre part, les américains veulent solutionner deux problèmes persistants des protections balistiques existantes:

  • les trauma internes, causés par l’énergie cinétique subie par le porteur malgré la capacité d’arrêt du projectile de son GPB,
  • et la protection insuffisante contre les munitions utilisées par les adversaires divers (7.62×39, notamment).

Ils développent ainsi l’ISAPO pour les troupes conventionnelles (7,5kg, plaques céramique, stoppe la 5.56 OTAN FMJ) qui deviendra l’Interceptor (IBA), et pour leurs troupes d’élite le RBA (Ranger Body Armor, 11,4kg, stoppe la 7.62 OTAN FMJ). Cette dernière est la protection balistique portée par les Rangers lors de Gothic Serpent, l’opération de Mogadishio (popularisée par le film BlackHawk Down, La Chute du Faucon Noir).

Protection balistique des US Rangers dans les années 1990-2000 (Source: specwargear.com).

Ranger Body Armor avec sa plaque frontale asymétrique (Source: specwargear.com).

Depuis, les années 2000 ont vu se produire une évolution sans précédent des technologies disponibles en matière de protection balistique, et l’on voit réapparaître une progression similaire à celle de l’ère médiévale ou de l’Antiquité: de visage découvert et thorax seul protégé, on semble aller de plus en plus vers une protection intégrale recouvrant parfois même le visage, et pouvant inclure ou coopérer avec un exosquelette décuplant les capacités physiques du porteur (et surtout compensant le poids encore très élevé de ces équipements, sans parler de la mobilité).

TALOS, l'armure balistique à exosquelette du futur de l'US Army (Source: science.dodlive.mil).

Un des prototypes de TALOS , US Army, 2014 (Source: science.dodlive.mil).

Protection balistique quasi totale pour cet équipement proto de 2015.

Un prototype d’équipement amélioré pour les Forces Spéciales américaines, 2015 (Source: genesisnanotech.com).

Si les préoccupations des opinions publiques des pays occidentaux ont rendu inacceptables les niveaux de pertes humaines des guerres du XXème siècle, de nombreux paramètres notamment économiques ne permettent pas encore une adoption massive d’équipements dotés des toutes dernières technologies, et bien des forces et unités doivent encore composer avec un équipement parfois vieux de 2 voire 3 décennies, faute d’une prise de conscience réelle du public sur les besoins en termes d’équipement de protection de ses forces armées et de police.

Les gilets pare-balles actuels sont donc le résultat de près de 3000 ans d’évolution, non pas constante, mais plutôt cyclique, en fonction d’un tas de paramètres spécifiques à chaque époque, culture, environnement d’utilisation (accès aux ressources, menaces, doctrine stratégique et tactique, aspects sociologiques, etc.).

De nombreuses évolutions ou démocratisations sont à attendre dans les années à venir, mais nous verrons cela dans la dernière partie de ce dossier Tactical Mercredi au long cours.

Retrouvez-nous très bientôt pour la 2ème partie, où nous aborderons frontalement les aspects techniques (niveaux de protection, performances réelles) et tout particulièrement les erreurs à l’utilisation commises … par la majorité des utilisateurs, avec des conséquences sur de nombreux plans.